La police de la Sécurité publique est-elle une politique de genre ? D’où l’importance de constituer une maîtrise d’usage

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Le week-end du 20 au 21 octobre 2018 s’est tenu le hackathon « Be safe Challenge » (http://besafechallenge.strikingly.com/), visant à trouver des solutions pour lutter contre le harcèlement de rue.

Ayant participé aux échanges du samedi matin, j’ai pu échanger avec différents participants pour imaginer un projet collectif à travailler ensemble . Je me suis retrouvé  en réalité attablé avec plus d’hommes que de femmes, et autour d’une table regroupant davantage de gestionnaire des autorités de police administratives (Préfecture de police, transport, Commune). Une des solutions apportées par ce groupe fut celle que, en tant que juriste et Conseil d’une Commune, j’aurai naturellement prise : faire un état des lieux à risques, avec notre base de données, pour agir directement aux endroits où le nombre d’agressions les plus importantes auront été recensés. Développer des stratégies de contournement pour les femmes et tenter de circonscrire localement en modernisant ces zones. Ce n’était pas mon idée initiale, mais j’ai dû la porter devant les autres.

Et toutes les femmes présentes m’ont répondu que c’était un mauvais projet.

En effet, selon elles, cette solution n’en est pas vraiment une. Elle vise à agir localement pour circonscrire un danger permanent qui ne connaît pas de limite géographique et qui peut survenir à tout moment et à n’importe quel endroit. Pire, les itinéraires de contournement deviendraient eux-mêmes les endroits de concentration des risques et augmenteraient ainsi paradoxalement le nombre d’agression qu’ils étaient censé éviter.

L’idée de la maîtrise d’ouvrage, basée sur une statistique de la donnée, ne pouvait pas être la solution la plus efficace au problème du harcèlement des femmes dans l’espace public. Oui, il existe des lieux plus dangereux que d’autres, mais cela ne veut pas dire qu’il existe des endroits plus sûrs pour autant. La maîtrise d’usage représentée dans ce hackathon a ainsi rejeté cette idée parce qu’elle est tout simplement inopérante. Elle gère le risque plutôt que de le supprimer.

Cette révélation s’est faite évidence pour moi, qui vient de constater que l’administration investie d’une autorité de police de la sécurité publique ne peut pas résoudre des problèmes de société sans dialoguer avec une Communauté d’usage capable de lui donner, au-delà des faits, un ressenti et une connaissance du terrain qu’elle n’avait pas pu concevoir. La maîtrise d’ouvrage est en effet tenté de construire ou d’aménager un espace selon une destination bien particulière et tente de conformer les comportements des usagers vers cette destination. Mais les usagers vont développer des pratiques et des habitus bien différents de cette vision verticale descendante et ainsi détourner la destination de l’espace public à des fins parfois bien différentes, et parfois, comme pour le harcèlement de rue, pour le pire.

Depuis longtemps, je me posais la question de savoir pourquoi les politiques publiques sociétales n’arrivaient jamais à résoudre le problème qu’elles tentaient de résoudre. C’est tout simplement qu’elles n’avaient pas de retour d’expériences terrains des usagers et de l’expertise citoyen du passant pour développer sa solution.

Je vous invite à écouter cet entretien autour de la notion de « Villes viriles ». https://www.binge.audio/des-villes-viriles/

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