11 janvier – 11 octobre 2015 : Retour de l’Ordre Moral ou affirmation du Progrès civique ?

Une Libération du 5 octobre 2015

 

Neuf mois se sont écoulés depuis les terribles attentats des 7 et 9 janvier et de l’immense mobilisation républicaine du dimanche 11 janvier 2015.

Cet électrochoc a bouleversé notre vision des relations entre la République et ses citoyens dans bien des aspects. Le débat politique et dans l’opinion s’est d’abord porté sur la question légitime pour savoir quelles sont les limites socialement acceptables à la liberté d’expression alors que tous condamnaient la tuerie.  Cependant, le débat tendait déjà en un procès d’intention entre les « bons Français », ceux qui étaient favorables à la liberté absolue, et ceux plus critiques à l’égard de la liberté d’expression, catalogués au moment des faits comme de « mauvais Français », sous-entendu soutenant les terroristes.

Au risque de plagier Pierre DESPROGES, je suis convaincu que nous pouvons et nous devons rire de tout, mais pas avec n’importe qui.

Cependant, l’eau coulant sous les ponts, je me suis aperçu que les tenants des « bons Français » se faisaient les défenseurs d’un « bon sens », devenu aujourd’hui une « bien-pensance ». Neuf mois plus tard, constatons le résultat médiatique de la Liberté d’expression des « biens pensants » :

- Les Guignols de l’Info diffusés en crypté sur Canal Plus (http://www.leparisien.fr/loisirs-spectacles/sauves-les-guignols-de-l-info-passent-en-crypte-22-07-2015-4964755.php);

- Un documentaire sur une banque privée annulé sur Canal Plus puis reprogrammé sur France 3 (http://www.lesechos.fr/finance-marches/banque-assurances/021385593087-credit-mutuel-le-documentaire-deprogramme-par-canal-passe-ce-soir-sur-france-3-1163229.php) ;

- Un Ministre Socialiste de l’Intérieur demandant la déchéance de nationalité pour des personnes condamnées pour acte de terrorisme, alors que ce parti était contre de telles mesures au moment où il était dans l’Opposition (http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2015/10/06/cazeneuve-demande-la-decheance-de-nationalite-de-cinq-personnes-condamnees-pour-terrorisme_4783668_1653578.html). Un autre Ministre de l’Economie proclame que les 35 heures sont une erreur historique devant une assemblée patronale et non devant le parti qui le soutient ;

- Une tête de liste départementale du parti Les Républicains assumant que la France est un pays de race blanche (https://www.youtube.com/watch?v=j-9y9SuKEDM) ;

- Un procès d’intention à l’égard d’intellectuels pour leur supposée filiation entre leurs idées et l’extrême droite ;

- La consécration au rang de martyr d’un dirigeant d’Air France qui vient d’annoncer la destruction de 2.900 postes (http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/le-cce-d-air-france-tourne-court-919959.html) ;

La liste n’est pas exhaustive. Mais elle est révélatrice d’une réaction face à ce qui s’est passé en début d’année. Mais au lieu d’arriver à la fin d’un politiquement correct destructeur de toute idée et débat de fond, le débat politico-médiatique a dérivé vers une relaxation générale de la pensée la plus conservatrice et la plus réactionnaire, tendant vers toujours plus d’exclusion de ceux qui ne sont pas du sérail.

Le retour de l’Ordre Moral s’est affirmé en cette rentrée politique sans que personne ne puisse faire vraiment quelque-chose. S’agissant de la déprogrammation d’un documentaire ou d’un changement de grille d’un programme, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel n’a rien fait pour vérifier si la décision n’était pas liée à un conflit d’intérêt. S’agissant de la déchéance de nationalité, aucun débat au Parlement ou dans la presse, si ce n’est que l’information est en dépêche, alors qu’il s’agit d’un changement de politique majeure du Gouvernement.

S’agissant du procès d’intention, c’est un véritable lynchage médiatique auquel nous assistons et auquel les accusés n’ont plus le droit de cité parce qu’ils sont considérés comme des profiteurs de ce système. Comme si Michel ONFRAY ou bien Régis DEBRAY avaient besoin des médias pour être reconnus comme libres penseurs. Après le lynchage sur Dieudonné, qui pour une personne coupable et condamnée n’avait pas besoin d’autant pour faire caisse de résonance des ses vils propos, on pourrait croire que toute personne dont les idées et thèses sont reprises par le Front national est suspecte d’être extrémiste. La question devrait être plutôt, qu’elles sont les thèses des partis Républicains contre les thèses du Front national ? Qu’elles sont leur idéologie, sachant que l’extrême droite est par sa nature sujette à recueillir toutes les thèses que les Républicains ont abandonnées ?

S’agissant de l’épisode de la chemise du DRH d’Air France, si ce n’est que la chemise dont il faut se plaindre … Mais pourquoi ne pas poser la question du dialogue social chez l’avionneur national, sachant que ses employés ne pourront pas être réembauchés dans ce secteur, puisque Air France est pratiquement son seul géant. Au lieu de se poser la question de savoir pourquoi les dirigeants ont fait chanter les pilotes, la cabale s’est portée sur les salariés, auxquels on leur demande de dire « merci et au revoir ». L’action violente est des deux côtés, et le personnel politique le sait très bien, mais n’en soutient qu’un seul.

Jean Jaurès, dans un discours parlementaire en juin 1906, contre Clemenceau, s’écriait déjà : «  Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclat de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers »…

Il n’existe, semble-t-il, plus qu’une seule liberté d’expression, celle des biens pensants, pour ne pas dire des honnêtes gens voire des gens de biens.

Enfin, s’agissant de la déchéance de nationalité. Ce n’est pas en destituant un citoyen de son rang qu’on le rendra inoffensif !

La République doit unir et non ostraciser, fragmenter et diviser. S’il est facile d’opposer les uns aux autres, il est difficile de les réunir autour d’un projet commun. Gagner ne veut pas forcément dire avoir raison, mais avoir raison et foi dans sa cause est nécessaire pour gagner. Si l’objectif est de détourner les gens de la République et du débat national, ils y arrivent très bien. Mais que personne n’aille se plaindre que seuls les électeurs Frontistes aillent voter.

Construire une nation, un projet est plus compliqué certes, mais ce n’est que parce qu’il est construit avec les citoyens que le projet politique d’une République une, indivisible et unie est vertueux et valorisant.

Pourtant, face à se retour en force de l’Ordre Moral dans le débat médiatique, il y a un Progrès Civique indéniable : celui de l’engagement au quotidien pour une cause.

Jamais, dans la jeune histoire des nouveaux Communs, nous avons eu une telle conjonction des planètes.

Tout d’abord, un Festival francophone qui le 10 octobre a organisé simultanément près de 70 événements (http://tempsdescommuns.org/), tandis qu’aux Etats-Unis se réunit la première assemblée internationale des Communs.

Partout, des citoyens veulent agir en commun autour d’une ressource considérée comme un héritage commun plus qu’un patrimoine commun.

Enfin, le projet de loi Lemaire parle d’instaurer pour la première fois un domaine commun informationnel (https://www.republique-numerique.fr/consultations/projet-de-loi-numerique/consultation/consultation/opinions/section-1-les-communs/article-8-definition-du-domaine-commun-informationnel). Véritable révolution juridique permettant à des citoyens de mettre à l’abri de toute forme d’appropriation privée ou collective, une information essentielle, une oeuvre numérique ou une donnée.

En parallèle, dans le silence des médias traditionnels, le Progrès Civique avance inexorablement avec les initiatives portant sur la COP 21. La société civile internationale s’engage comme jamais elle ne l’ai fait, en apportant des solutions open source sur la construction de dispositifs solaires ou d’habitat zéro émission (http://www.poc21.cc/). Le Crownfounding est le nouvel appel à souscriptions des start’up qui ne passent plus par les banques ou la bourse qui les ont exclues du seul fait qu’elles ne croyaient pas en leurs innovations. Des citoyens donnent de l’argent pour soutenir des projets qui peuvent changer notre vision de la société et de l’ordre social. Mais dans l’indifférence médiatique.

L’Internet devient le lieu de refuge de la pensée nouvelle et du partage des informations.

Les citoyens peuvent débattre de l’uberisation de la société sans uniquement pointer les éléments négatifs ou bien concevoir des solutions alternatives à l’entreprise et à l’Etat tout en instituant un modèle économiquement viable, comme le projet R’Urban à Colombes qui est mis en cause par cette vague d’Ordre Moral (http://r-urban.net/blog/projects/agrocite/ et http://www.20minutes.fr/paris/1685123-20150913-colombes-ferme-urbaine-devra-ceder-place-parking).

La République est un lieu de débat et de vie collective et commune. Si on exclut des personnes parce qu’elles ne sont pas « culturellement et politiquement correctes », une contre-culture et une contre-politique vont nécessairement naître.

L’extrême droite a réussi son implantation dans les réseaux sociaux, mais la République est encore trop faible intellectuellement et idéologiquement pour l’affronter sur ce champs. Par réflexe et par nécessité, elle tente de s’accrocher à ce qu’elle maîtrise, mais elle n’a pas encore compris tous les bénéfices qu’elle pourrait tirer si elle faisait confiance envers ses membres, les citoyens.

Si l’extrême droite tisse son réseau sur la toile, les citoyens promeuvent également le soft power de la République, lieu de tolérance et d’espoir. A l’image de la communauté des youtubers qui avancent pour faire pression sur les politiques. La République, c’est la Communauté des citoyens qui œuvrent pour le Progrès Civique et non l’association de biens pensants qui travaillent pour l’Ordre Moral.

Super Crayon : https://www.youtube.com/watch?v=J2ooyACB-vs

Déclaration de Nicolas HULOT sur sa pétition « Oser » :  https://www.youtube.com/watch?v=yKLWW_j4a_E

 

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